Profession de foi

Attila, c’est d’abord une histoire de rencontres. Au choix, et selon les âges : une horde, une bande, une conjuration.

La maison d’édition est née dans le sillage d’une revue, Le nouvel Attila, créée en 2004 par un trio de marcheurs voraces, défrichant la ville en noctambules, se saoulant de Cortazar, de situationnistes et de romans-feuilletons. Ce grand format illustré a fondé un intérêt pour les pirates et les outlaws de la littérature, et posé les bases d’un rapport texte-images que seuls exploraient encore les éditeurs de livres pour enfants. D’où l’idée qu’Attila fait « des livres d’enfants pour les grands ».

Sortis en 2007, frappés au coin de l’élégance et de la subversion, les premiers titres furent défendus en direct face aux libraires, en compagnonnage étroit avec Monsieur Toussaint Louverture. Ils liaient déjà écriture, illustration, mise en page, chaque objet étant conçu comme une rencontre entre un auteur, ou son traducteur, un dessinateur et un graphiste. Ce sont ces passerelles entre les textes, ces échanges de sensibilités entre les uns et les autres qui donnent une cohérence à notre travail. Et un sens au mot « catalogue ».

Deux ans plus tard, en 2009, Attila se professionnalisait avec Frédéric Martin, venu des éditions Viviane Hamy prêter main forte et son ambition à quelques aventures éditoriales : Fuck America d’Edgar Hilsenrath, comme le Paris insolite de Jean-Paul Clébert ou Les Jardins statuaires de Jacques Abeille, furent le fruit de l’alchimie des désirs et des visions de deux éditeurs, dont chacun a repris sa route.

Au seuil d’une nouvelle aventure, aujourd’hui comme il y a dix ans, la Horde maintient sa flamme et sa foi intactes. Après quelques mois de gestation renaît ce nouvel Attila : au programme, 6 à 8 livres par an, avec une ouverture au domaine américain, une collection d’auteurs français contemporains, et quelques romans graphiques. Ce temps de respiration nous a permis de travailler très en amont, d’étoffer l’équipe et de mettre en place des projets collectifs presque inavouables, dont vous verrez les fruits dans quelques années.

« On reconnaît l’importance d’une création par le fait concret qu’elle brûle réellement l’herbe autour d’elle » (Isidore Isou, La Créatique). Là où Attila passe, les mauvais esprits trépassent. Mais les mauvaises herbes de la littérature repoussent : chiendents, liserons, pourpiers, folle-avoine… Envers et contre tout, l’esprit frondeur du Hun résiste, avec sa patience, sa folie et sa modestie.

Benoît Virot

PS Nous n’aurions jamais l’énergie ni la patience pour mener à bien nos chevauchées sans le relais de « passeurs » de texte, esprits avides, curieux et généreux qui nous aident à transformer ce travail solitaire en aventure collective et à créer des livres uniques. Merci à eux, ainsi qu’aux lecteurs et aux libraires, pour les retours et la curiosité témoignée à l’endroit de nos livres.